Le 8 juin 2026, sur la scène de l’Apple Park, Tim Cook a fait quelque chose qu’Apple n’avait jamais fait en près de cinquante ans d’existence : confier le cerveau de l’un de ses produits phares à un concurrent direct. Le nouveau Siri, entièrement reconstruit, ne tourne plus sur l’IA maison d’Apple. Il tourne sur Gemini, le modèle de Google.
Pour la marque qui a bâti son image sur le « tout maison » et le contrôle total de sa technologie, c’est un séisme. Et accessoirement, c’était la dernière keynote de Tim Cook en tant que PDG avant son passage à la présidence du conseil le 1er septembre. Voici pourquoi ce virage change la donne.
Que s’est-il passé exactement ?
Apple a dévoilé un Siri totalement repensé, propulsé par un modèle Gemini sur mesure développé avec Google. Fini le vieux Siri qui ne comprenait rien : le nouvel assistant devient conversationnel, capable de comprendre ce qui s’affiche à l’écran en temps réel, et il gagne même sa propre application autonome, avec une interface de chat qui ressemble à celle de ChatGPT ou Claude.
Le tout s’inscrit dans iOS 27 et une nouvelle famille de systèmes baptisés « 27 » (iPadOS, macOS Golden Gate, watchOS, etc.). Bonne nouvelle au passage : iOS 27 ne laisse aucun appareil sur le carreau, il reste compatible jusqu’à l’iPhone 11, et promet des lancements d’applications jusqu’à 30 % plus rapides.
Le chiffre choc : 1 milliard de dollars par an
Selon les informations de Bloomberg, Apple paierait à Google environ 1 milliard de dollars par an pour utiliser un modèle Gemini personnalisé d’environ 1 200 milliards de paramètres. Pour situer : ce modèle serait à peu près huit fois plus gros que le plus grand modèle cloud qu’Apple avait réussi à développer en interne.
Petite précision honnête : le montant du milliard et la taille de 1 200 milliards de paramètres proviennent de la presse spécialisée, pas d’une communication officielle d’Apple, qui ne confirme jamais ce genre de détails commerciaux. En revanche, l’existence du partenariat, elle, a été confirmée publiquement, y compris par le patron de Google Cloud. Autrement dit : le deal est réel, les chiffres exacts sont très bien sourcés mais officieux.
Pourquoi Apple en est arrivé là
Ce virage n’est pas un caprice, c’est un aveu. En 2024, Apple avait promis en grande pompe un Siri « intelligent et personnel ». Deux ans plus tard, ces fonctions n’avaient toujours pas été livrées. Pire : en mai 2026, l’entreprise a accepté un règlement à l’amiable d’environ 250 millions de dollars face à des acheteurs d’iPhone qui estimaient avoir payé pour des fonctions IA jamais arrivées.
Face à OpenAI, Anthropic et Google qui avançaient à toute vitesse, Apple avait le choix entre continuer à prendre du retard avec sa techno maison, ou acheter le meilleur moteur disponible pour rattraper le terrain perdu d’un coup. L’entreprise a choisi la deuxième option. Pour Tim Cook, c’était aussi une façon de ne pas laisser son héritage associé au fiasco de Siri.
Et vos données dans tout ça ?
C’est la question que tout le monde se pose : si Siri tourne sur Google, est-ce que Google voit mes requêtes ? Apple a anticipé en mettant en place un système de routage à trois niveaux.
- Les tâches simples restent traitées directement sur votre appareil, avec les modèles maison d’Apple.
- Les demandes moyennement complexes passent par les serveurs Private Cloud Compute d’Apple.
- Seules les tâches de raisonnement les plus lourdes sont envoyées vers le cloud de Google, sur des puces Nvidia Blackwell B200.
À chaque étape, Apple affirme anonymiser et tokeniser les requêtes, de sorte que ni ses employés ni Google ne puissent relier une demande à un utilisateur précis. L’entreprise insiste aussi sur le fait que les données d’une requête sont supprimées dès qu’elle est exécutée.
Le détail qui change tout : vous pourrez choisir votre IA
C’est peut-être l’annonce la plus sous-estimée de cette keynote. iOS 27 introduit des Extensions qui permettent de choisir un autre modèle d’IA comme assistant par défaut. Concrètement, vous pourrez remplacer Siri par Claude ou Gemini selon vos préférences, directement dans les réglages.
C’est une petite révolution philosophique pour Apple, historiquement fermée. Et ça illustre une tendance de fond : en 2026, les assistants IA sont devenus le vrai champ de bataille, au point que les mêmes modèles sous-jacents alimentent désormais des produits concurrents.
Quand pourrez-vous l’essayer ?
Le nouveau Siri devrait arriver sous forme de bêta restreinte au moment de la sortie publique d’iOS 27, prévue en septembre. Certaines fonctions seront déployées progressivement plutôt que disponibles dès le premier jour. Les bêtas développeurs, elles, ont suivi la keynote, avec des bêtas publiques attendues en juillet.
Ce qu’il faut retenir
Apple vient de reconnaître publiquement qu’elle ne pouvait pas gagner seule la course à l’IA. En louant le cerveau de Google pour faire fonctionner Siri, l’entreprise transforme un retard embarrassant en pari pragmatique : offrir enfin à ses utilisateurs un assistant à la hauteur, quitte à dépendre d’un rival. Reste une question ouverte : que devient une marque dont l’argument central était l’indépendance technologique, quand son produit le plus emblématique tourne sur l’IA du concurrent ? La réponse dira beaucoup sur l’équilibre des forces dans l’IA pour les années à venir.